Carte de boissons : combien de références pour rester rentable ?
Photo : Matt Benson / Unsplash
La bonne réponse n'est pas un chiffre rond affiché dans un manuel. Elle dépend de votre volume, de votre place de stockage et de la vitesse à laquelle chaque bouteille se vide. Voici comment la calculer chez vous, en quelques étapes concrètes.
Pourquoi une carte trop longue coûte cher
Chaque référence que vous ajoutez immobilise de l'argent. Une bouteille de rhum ambré à 22 € HT qui reste six mois en réserve, c'est 22 € qui ne travaillent pas. Multipliez par quarante lignes fantômes et vous comprenez pourquoi la trésorerie coince en février alors que la salle était pleine en décembre.
Il y a aussi le coût invisible. Une carte de six pages ralentit la prise de commande, embrouille le client qui finit par reprendre son habituel, et complique la vie de l'équipe. Un extra qui découvre la carte le samedi soir ne saura pas conseiller votre cinquième gin. Il vendra le premier de la liste.
Enfin, les bouteilles ouvertes s'abîment. Un vermouth entamé perd sa fraîcheur en quelques semaines. Une bière artisanale approche sa DLUO. Ce que vous jetez, vous l'avez payé au prix fort.
Le seuil de rotation : votre vrai indicateur
La rotation, c'est le nombre de fois où vous écoulez complètement le stock d'une référence sur une période. Si vous gardez trois bouteilles de Chartreuse en permanence et que vous en vendez six par an, votre rotation est de deux. C'est très faible.
Fixez-vous une règle simple : toute référence doit tourner au moins une fois par mois. Une bouteille de spiritueux ouverte doit être finie dans les quatre à six semaines. Si ce n'est pas le cas, elle n'a rien à faire sur la carte, sauf raison précise que l'on verra plus bas.
Comment mesurer la rotation sans y passer la nuit
Sortez les ventes du dernier trimestre depuis votre caisse. Pour chaque référence, comptez le nombre de doses vendues et convertissez en bouteilles. Une bouteille de 70 cl servie en doses de 4 cl donne environ 17 doses, moins la perte au service, disons 16. Trente doses vendues sur trois mois, c'est donc moins de deux bouteilles par trimestre. Verdict immédiat.
Faites cet exercice une fois à la main pour comprendre le mécanisme. Ensuite, un outil qui rapproche vos ventes de vos fiches techniques vous sort le classement en quelques clics, et vous refaites le point chaque mois sans y penser.
Un ordre de grandeur par type d'établissement
Ces repères ne sont pas des règles, ce sont des points de départ à ajuster selon votre clientèle.
Bar de quartier, brasserie de midi
Une carte courte fonctionne très bien : deux ou trois bières pression, quatre ou cinq bouteilles, une dizaine de softs, six à huit vins au verre, une quinzaine de spiritueux basiques et trois ou quatre cocktails maison. Votre clientèle vient pour la régularité, pas pour l'exploration.
Restaurant avec accord mets et vins
Là, la carte des vins devient un argument. Vous pouvez monter à trente ou quarante références vin, à condition d'assumer le stock et d'avoir quelqu'un capable de les vendre. Sans discours en salle, une belle cave dort.
Bar à cocktails
Le nombre de bouteilles est élevé par nature, mais la carte présentée au client reste courte : huit à douze cocktails signature. La profondeur est en back-bar, pas sur le menu. Et chaque bouteille doit apparaître dans au moins deux recettes différentes, sinon elle prend la poussière.
Croiser rotation et marge : la vraie décision
Une référence se juge sur deux axes. Combien elle rapporte par vente, et combien de fois elle se vend. Classez vos boissons dans quatre cases mentales.
Forte rotation et bonne marge : ce sont vos locomotives. Mettez-les en haut de carte, en gras, en suggestion ardoise. Le demi pression et le spritz maison tombent souvent ici.
Forte rotation et marge faible : ces produits font venir du monde mais ne payent pas les charges. Une grande marque de soda vendue trop bas, par exemple. Retravaillez le prix de vente, ou négociez le tarif d'achat avec votre fournisseur, qui a souvent des paliers de remise que vous n'avez jamais demandés.
Faible rotation et forte marge : le digestif rare, le vin de garde. On les garde en petit nombre, ils construisent l'image de la maison. Deux ou trois suffisent.
Faible rotation et faible marge : sortie de carte. Sans hésiter. Écoulez le stock restant en suggestion du jour, puis arrêtez la commande.
La méthode en cinq étapes
Bloquez deux heures un mardi matin, café sur le comptoir, et déroulez.
Un : listez toutes vos références actives, y compris celles qui ne sont pas imprimées sur la carte mais présentes en réserve. Vous en trouverez toujours plus que prévu.
Deux : ajoutez pour chacune le prix d'achat HT, le format, la dose servie et le prix de vente TTC. C'est la base de votre fiche technique boisson.
Trois : calculez la marge brute par dose. Prix de vente HT moins coût matière de la dose. Un verre de vin à 6,50 € TTC sur une bouteille achetée 5,80 € HT et servie en 12 cl vous donne un coût matière d'environ 0,93 € par verre. Faites le calcul, ligne par ligne.
Quatre : reportez les ventes du trimestre en face.
Cinq : décidez. Garder, retravailler le prix, ou sortir. Trois colonnes, pas plus. Et notez la date : vous refaites l'exercice dans trois mois.
Une carte se taille comme une vigne. On coupe pour que le reste donne davantage.
Les erreurs qui reviennent le plus souvent
Garder une référence par attachement personnel. Vous adorez ce mezcal, vos clients non. Gardez-en une bouteille pour vous, sortez-la de la carte.
Ajouter sans jamais retirer. Chaque nouveauté devrait remplacer une ligne existante. Sinon la carte gonfle mécaniquement d'année en année.
Recopier la carte du confrère d'en face. Il n'a ni votre clientèle, ni vos prix d'achat, ni votre place en cave.
Oublier les pertes. La dose généreuse, le verre renversé, le fond de fût non vendu : tout cela creuse la marge réelle. Comparez régulièrement votre stock théorique et votre stock physique. L'écart vous dit où fuit l'argent.
Ce que vous gagnez à raccourcir
Moins de références, c'est moins de trésorerie immobilisée, un inventaire plus rapide, des commandes simplifiées et des volumes concentrés sur moins de lignes. Ce dernier point compte beaucoup : en commandant plus de la même chose, vous ouvrez la discussion sur les paliers tarifaires avec votre fournisseur, qui a tout intérêt à vous accompagner.
Le nombre juste, c'est celui où chaque bouteille de votre réserve a une raison d'être là et une date de sortie prévisible. Faites le tri une fois sérieusement, puis suivez vos marges à intervalle régulier plutôt qu'une fois l'an à l'inventaire. C'est là que la carte devient un outil de gestion et plus seulement une liste de prix.
Questions fréquentes
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